Certaines pierres s'achètent pour leur couleur, d'autres pour ce qui se passe quand on les bouge. Une ligne de lumière qui se déplace, une étoile, un reflet qui monte de l'intérieur, une couleur qui change avec la lampe. Les gemmologues appellent cela des phénomènes, et chacun a un nom, une cause et une poignée de pierres connues pour lui. L'effet décide presque toujours de la taille de la pierre : la plupart sont taillées en cabochon à dessus bombé, parce que des facettes casseraient l'effet.
Œil-de-chat (chatoyance)
Une seule ligne brillante en travers de la pierre, qui glisse quand on la tourne, comme la pupille fendue d'un chat. Elle vient de milliers d'aiguilles ou de tubes creux parallèles à l'intérieur ; le cabochon est taillé avec sa base parallèle à eux, et la lumière s'y réfléchit en une bande. Sans nom de minéral, "œil-de-chat" désigne l'œil-de-chat de chrysobéryl, le plus beau et le plus cher ; les meilleurs montrent un œil net qui s'ouvre et se ferme quand la pierre tourne. On trouve aussi des œils-de-chat dans le quartz, la tourmaline, l'apatite, l'aigue-marine, la scapolite et la pierre de lune, et l'œil-de-tigre et l'œil-de-faucon sont le même effet dans un quartz fibreux. Cherchez un œil droit, étroit et centré ; un œil large et flou vaut moins.
Étoile (astérisme)
Deux ou trois familles d'aiguilles qui se croisent sous des angles donnent une étoile au lieu d'une ligne : six branches dans le saphir étoilé et le rubis étoilé, où de fines aiguilles de rutile se croisent à 60 degrés ; quatre branches dans le grenat étoilé et le diopside étoilé ; parfois douze. Une bonne étoile a des branches droites, d'un éclat régulier, qui se rejoignent au centre du dôme et bougent ensemble quand la pierre s'incline. Les saphirs étoilés sont en général laiteux, parce que les aiguilles qui font l'étoile troublent aussi la pierre ; une étoile dans une pierre transparente et bien colorée est rare. Des saphirs et rubis étoilés synthétiques sont fabriqués depuis 1947 ; leur étoile est souvent trop parfaite et posée à la surface.
Changement de couleur
Une pierre verte à la lumière du jour et rouge sous une lampe, c'est l'alexandrite classique. La lumière du jour est riche en bleu et en vert, la lumière à incandescence en rouge, et une pierre qui transmet les deux à peu près également laisse la source décider. Il existe aussi des grenats, saphirs, spinelles et fluorites à changement de couleur. Jugez-le sous les deux lumières, idéalement la lumière du jour d'une fenêtre au nord et une ampoule ordinaire ; les lampes LED donnent moins de changement.
Adularescence et labradorescence
Le reflet bleu qui monte d'une pierre de lune quand on la tourne est l'adularescence, du nom de l'adulaire, le feldspath où on l'observe. Des couches alternées très fines à l'intérieur diffusent la lumière bleue. La plus belle pierre de lune est presque transparente avec un reflet bleu ; les pierres blanches et laiteuses sont plus courantes et moins chères. La labradorite fait de même avec tout un spectre, bleu, vert, or et cuivre, en larges éclairs : la labradorescence. Toutes deux sont taillées en cabochon orienté pour que le reflet regarde vers le dôme.
Aventurescence
Le scintillement du quartz aventurine et de la pierre de soleil vient de paillettes plates d'un autre minéral dans la pierre, mica fuchsite vert dans l'aventurine, cuivre ou hématite dans la pierre de soleil, qui renvoient chacune une étincelle. C'est aussi l'origine du verre aventuriné, ou goldstone, qui est l'imitation.
Jeu de couleurs et irisation
L'opale montre des plages de couleur spectrale qui se déplacent quand elle bouge : le jeu de couleurs, dû à un empilement régulier de minuscules sphères de silice qui diffracte la lumière. Ce n'est pas l'opalescence, le reflet laiteux de l'opale commune. L'irisation est le film arc-en-ciel de l'agate de feu, de l'ammolite, de l'intérieur d'une coquille et de la surface d'une belle perle, où le métier l'appelle orient. Tous ces effets viennent d'interférences de la lumière dans des couches minces, la raison pour laquelle une bulle de savon a des couleurs.
Feu
Les éclairs de couleur spectrale d'un diamant sont la dispersion : la pierre décompose la lumière blanche en ses couleurs, et une bonne taille les renvoie vers l'œil. Le diamant, le zircon, le grenat démantoïde, le sphène et la moissanite ont une forte dispersion ; le chiffre figure sur la fiche des propriétés des articles sur les pierres.
Soie et pléochroïsme
Deux effets qui comptent plus pour le gemmologue que pour la personne qui porte le bijou. La soie est le fin reflet de minuscules inclusions en aiguilles dans le saphir et le rubis, les mêmes aiguilles qui font une étoile ; une soie intacte dit au laboratoire qu'une pierre n'a pas été fortement chauffée. Le pléochroïsme est le fait qu'une pierre montre deux ou trois couleurs selon la direction dans laquelle on la regarde : l'iolite va du bleu violet au presque incolore, la tanzanite du bleu au violet, la kunzite et la tourmaline varient aussi. Le lapidaire choisit l'orientation qui met la plus belle couleur sur le dessus.
À quoi faire attention à l'achat
Demandez à voir la pierre sous une seule source de lumière, une petite lampe ou une lampe de poche : un œil-de-chat ou une étoile n'apparaît que sous un point lumineux et s'efface en lumière diffuse. Vérifiez que l'œil ou l'étoile est centré et bouge avec la pierre. Demandez si elle est naturelle ou synthétique ; les deux existent pour le corindon étoilé et l'œil-de-chat de chrysobéryl, et des œils-de-chat en fibre de verre aux couleurs vives se vendent comme pierres roulées. Pour une pierre de valeur, un rapport de laboratoire nomme l'espèce et tout traitement.
